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Photo: Michael Benanav

Photo: Michael Benanav

 

Protection des défenseurs des droits fonciers

Respecter et protéger les droits civils et politiques des défenseurs des droits humains travaillant sur les questions foncières, en luttant contre la stigmatisation et la criminalisation des manifestations pacifiques et du militantisme en faveur des droits fonciers, et contre l’impunité en matière d’atteinte aux droits humains, notamment le harcèlement, les menaces, la violence et l’emprisonnement politique.

Selon un rapport de Global Witness, 207 défenseurs des droits fonciers et environnementaux ont été tués dans le monde en 2017. Il n’a jamais été plus important qu’aujourd’hui de protéger les droits fonciers et environnementaux ainsi que les personnes qui risquent leur vie pour les défendre.

De plus en plus de gens ordinaires luttent pour la défense de leurs terres et territoires contre l’exploitation abusive et non durable qui en est faite par les entreprises ou l’État. Bon nombre de violations sont invisibles, et la situation est appelée à empirer, car la concurrence pour l’accès aux ressources naturelles et l’accaparement des terres s’intensifient sur fond d’inégalités mondiales extrêmes.

Les membres de l’ILC et leurs partenaires sont régulièrement victimes de menaces, de criminalisation, de violences et de meurtres pour avoir défendu les droits fonciers et environnementaux de communautés locales, de paysans, de pasteurs et de peuples autochtones.


Guatemala – une crise des droits humains

Dix-huit chefs de communautés et travailleurs des médias, y compris des membres du CODECA et du CCDA, ont été assassinés au Guatemala en 2018. Des organisations nationales et internationales de défense des droits humains ont fait part de leur inquiétude quant à cette vague d’assassinats et ont appelé les autorités à prendre des mesures immédiates pour clarifier les faits et protéger les défenseurs.

En août 2018, à la demande de membres guatémaltèques, l’ILC a organisé une mission internationale de haut niveau, en collaboration avec Front Line Defenders, CIVICUS, Pastoral de la Tierra et l’UDEFEGUA. La mission s’est rendue dans les communautés et a rencontré des représentants du gouvernement local et national, des institutions des droits de l’homme, des organismes des Nations Unies, et des partenaires de développement internationaux.

Particulièrement préoccupés par ce qu’ils ont découvert, les délégués ont déclaré dans un communiqué : « Le message que nous ont adressé les défenseurs guatémaltèques est que “Nous ne sommes pas des criminels, nous ne sommes pas des tueurs, nous voulons simplement travailler sur nos terres et nourrir nos familles”. Nous soutenons leur revendication.

Nous avons constaté que, jusqu’à présent, le Gouvernement du Guatemala n’est pas intervenu efficacement pour protéger les défenseurs des droits humains (DDH) menacés ou enquêter sur les crimes commis à leur encontre. Le gouvernement préside à un climat de violence où les DDH peuvent être tués en toute impunité et sans aucune sanction. Le fait que les actes de violence contre les DDH aient cessé d’être aléatoires pour ressembler de plus en plus à une persécution systématique nous préoccupe particulièrement.

Non seulement l’État ne respecte pas les droits humains fondamentaux, mais il démantèle activement les mécanismes et institutions de protection en place. Au lieu de faire respecter les droits des individus et des communautés, les systèmes juridiques et judiciaires servent à satisfaire les intérêts de puissants groupes étatiques et non étatiques, au détriment des intérêts des communautés locales, souvent par le biais de la corruption. Divers acteurs au Guatemala nous ont indiqué que le pays n’avait plus un fonctionnement démocratique. Lors de réunions avec les communautés, beaucoup nous ont dit qu’elles avaient le sentiment d’être abandonnées par l’État. Les journalistes communautaires qui dénoncent la dure réalité de la situation deviennent eux-mêmes des cibles.

À l’origine du conflit social : l’accès à la terre, à l’eau et aux autres ressources naturelles. Il est évident que l’État guatémaltèque a choisi de privilégier un modèle de développement rural qui enrichit une minorité, au risque d’appauvrir les communautés, d’encourager la migration et de détruire l’environnement.

Le Gouvernement du Guatemala a le choix entre deux options très claires : soit aborder cette problématique dans le cadre d’un processus consistant à bâtir une société plus juste et égalitaire, soit maintenir le statu quo, ce qui aura pour seul résultat de renforcer la polarisation et les difficultés économiques de la population guatémaltèque. Le point de départ de la construction d’un modèle de développement rural plus inclusif est le consentement libre, préalable et éclairé des peuples autochtones et des communautés locales. Si les consultations de bonne foi doivent avoir un sens, les gens doivent être convaincus que le gouvernement agira selon les accords passés avec les communautés. Il est également urgent de mettre fin à la stigmatisation des DDH, et de reconnaitre leur rôle légitime et positif. »

La mission a rédigé un rapport avec des recommandations pour le Gouvernement du Guatemala, les partenaires de développement, les médias internationaux et la société civile. Son travail a été vivement apprécié par les membres. « Le gouvernement a réalisé que nous existions », a précisé un responsable du CCDA concernant la visibilité apportée par la mission et sa couverture médiatique. L’ILC a également pu tirer des enseignements importants quant aux rôles qu’elle peut jouer pour soutenir les membres confrontés à un contexte défavorable, comme au Guatemala.

La mission a été couverte par plusieurs médias importants aux niveaux national, régional et mondial :


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Engagement de l’ILC vis-à-vis des défenseurs des droits fonciers et environnementaux

Consciente de la nécessité de constituer un solide réseau d’acteurs pour remédier à la situation délicate et fragile des défenseurs des droits fonciers et environnementaux dans le monde entier, l’ILC a élaboré une stratégie autour de l’Engagement 10. Cette stratégie, qui a été approuvée par les membres des groupes de référence mondiaux et régionaux, repose sur toute une série d’initiatives qui relient le travail local, national, régional et mondial des membres de l’ILC et mobilisent leurs diverses compétences et capacités pour influencer des acteurs clés. Elle englobe la protection d’urgence, la documentation et les données, le plaidoyer, et le renforcement des capacités des membres pour accéder à des systèmes de protection alternatifs.

Le renforcement des capacités des membres pour accéder à des systèmes de protection des droits humains apportant une alternative aux systèmes de justice nationaux a démarré en 2017 avec un atelier mondial à Montevideo, en Uruguay, qui a abouti à un partenariat avec la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH). L’année suivante, des membres de l’ILC en Afrique ont été formés par un ancien membre de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, l’accent ayant été mis sur le renforcement de leurs capacités pour accéder à des systèmes régionaux de protection des droits humains.

Par ailleurs, l’ILC renforce actuellement son fonds d’urgence régional pour les défenseurs des droits fonciers et environnementaux en Afrique, en Asie et en Amérique latine, et travaille avec d’autres partenaires, par le biais de Defend the Defenders, pour mettre en place un mécanisme mondial d’alerte et d’action urgente permettant d’agir immédiatement en cas d’identification d’une menace.

L’ILC aide aussi Defend the Defenders à partager des protocoles et meilleures pratiques, à améliorer les données, à renforcer l’échange d’informations, et à mener des actions conjointes de lobbying, de plaidoyer et de mobilisation pour sensibiliser, susciter un sentiment d’urgence, et veiller à l’adoption de mesures pour lutter contre les exactions à l’encontre des DDH.

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